En dessous
je suis en dessous.
Ici ma sœur y est enterrée. Un petit
parterre de fleur et de mauvaises herbes. J'y vais tout les soirs de
septembre. Parfois il y a du monde, mais je ne reconnais personne.
Ils ont des airs triste. Parfois il n'y a personne. Alors je marche
dans l'allée, en faisant comme si je connaissais ceux qui y sont
enterrés, là, sous des dalles de ciment. Mes pas sont des mortiers.
Ça fait des années que tout a été
englouti par des sables mouvant. Du goudron. L'asphalte avale les
gens, et elle les recrache sur les hauteurs. Des parpaings dans la gueule.
Béton
Bitume
Baston
Bagarre
Les ouvriers sont abrutis après avoir
sniffé la réserve de kérosène. Ils se lancent des morceaux de
gravats après la journée de travail. Comme des gosses. Sauf que
personne ne rit.
Le ventre mou de la cité est une
guerre contre soi-même. Les gens s'affrontent dans des duels à
mains nues. En pleine rue. On dirait une photo de guerre.
Quand je sors du cimetière je vais
dans mon lit. Un lit de prisonnier. Un lit sur le mur. Je m'y appuie,
ça me fait me sentir en sécurité. Je suis une araignée qui loge
dans les recoins.
Parfois je rêve de voir ce qu'il y a
en dessous.
En dessous du sable gris.
En dessous de la ville.
Il paraît qu'il existe des géants qui
peuvent toucher le dôme du ciel. Les seuls géants que j'ai jamais
vu sont ceux qui mangent les hommes. Le cimetière est leur poubelle.
Ici on ne sait plus où s'arrête la
route et où commencent les maisons vides. L'habitude est notre
repère. Quand je doute, je risque ma vie.
Je bosse à l'usine, moi aussi. Dans
les cheminées sans issues. Je racle, jour après jour. Les moines
nous remercient.
Ma maison est simple. Elle a quatre
murs, un lit. Un trou. Deux trous. Je préfère manger dehors. Seul,
si possible. Parfois je croise un collègue, un patron, un frère.
Alors je pétris les illusions. On parle des filles, des mères, des
sœurs. On me demande si je vais encore au cimetière. Tout les jours
de septembre, je réponds. On fait une mine consternée. On me
propose d'aller casser des cailloux.
Pierre
Papier
Marteau
Je perds.
Au cimetière mon père y est enterré.
Je vois mon nom dans la pierre.

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