samedi 12 avril 2014

Freestyle 2

Là. 
C’était dit. 
Il avait suffit d’un mot. 
Un mot, pour voir son monde s’écrouler. 
Pour voir les immeubles se ratatiner, puis s’effondrer sur eux-mêmes. Pour voir les droites se courber. 
Pour voir les murs se rapprocher. Pour voir le temps se dilater, puis s’effondrer sur lui-même.


Le sang lui avait éclaboussé le visage, tandis que la lame, émoussée, allait et venait dans le ventre de la femme. Elle n’avait pas crié. Il n’avait pas crié non plus. Tout autour les gens haletaient, hurlaient. Un enfant s’était réfugié dans les jupes de sa mère. Un homme avait posé un genou à terre, et pleurait, paralysé. Un autre homme était tombé dans les pommes. Une femme criait et se débattait. On pouvait distinguer des « faites quelque chose ! » ou des « arrêtez le ! ». 
L’homme au couteau avait relevé la tête et ne souriait pas. Ses yeux, écarquillés, étaient ronds, blancs et gros. Il essuya son visage avec la manche de sa chemise, blanche, qui devint rouge. « Mais arrêtez le ! ». L’homme lâcha le couteau et s’essuya les doigts sur son pantalon, blanc lui aussi. Il s’était blessé à la main, qu'il regardait saigner. Il voulu partir de là, mais la foule se pressa contre lui pour l’immobiliser.
Il prit quelques coups, mais ne dit rien jusqu’à ce que la police révolutionnaire l’embarque. 
Là, il bredouilla un « pardon ».

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