Là.
C’était dit.
Il avait suffit
d’un mot.
Un mot, pour voir son monde s’écrouler.
Pour voir les
immeubles se ratatiner, puis s’effondrer sur eux-mêmes. Pour voir
les droites se courber.
Pour voir les murs se rapprocher. Pour voir
le temps se dilater, puis s’effondrer sur lui-même.
Le sang lui avait éclaboussé le
visage, tandis que la lame, émoussée, allait et venait dans le
ventre de la femme. Elle n’avait pas crié. Il n’avait pas crié
non plus. Tout autour les gens haletaient, hurlaient. Un enfant s’était
réfugié dans les jupes de sa mère. Un homme avait posé un genou à
terre, et pleurait, paralysé. Un autre homme était tombé dans les pommes. Une
femme criait et se débattait. On pouvait distinguer des « faites
quelque chose ! » ou des « arrêtez le ! ».
L’homme
au couteau avait relevé la tête et ne souriait pas. Ses yeux,
écarquillés, étaient ronds, blancs et gros. Il essuya son visage avec la manche de sa chemise, blanche, qui devint rouge. « Mais arrêtez le ! ».
L’homme lâcha le couteau et s’essuya les doigts sur son
pantalon, blanc lui aussi. Il s’était blessé à la main, qu'il regardait saigner. Il voulu
partir de là, mais la foule se pressa contre lui pour l’immobiliser.
Il prit quelques coups, mais ne dit rien jusqu’à ce que la police
révolutionnaire l’embarque.
Là, il bredouilla un « pardon ».
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