Duck-Young
Duck-Young était un jeune garçon qui vivait à la ferme avec ses deux parents. Son papa cultivait le riz et sa maman cultivait le gingembre. Duck-Young lui ne cultivait rien du tout. Il n'en était pas capable. Il y avait eu un accident à sa naissance, et Duck-Young était né avec des problèmes dans la tête. Il ne parlait pas beaucoup et ne semblait pas comprendre ce que les gens lui demandaient. Si on lui disait « Duck peux-tu aller chercher le seau s'il te plaît ? », il enfilait ses bottes en caoutchouc et s'en allait sauter dans les flaques d'eau. Si on lui disait « Duck peux-tu aller donner un coup de main à ton père pour ramasser le riz », il empoignait la pêle et commençait à creuser des trous dans la terre pour les remplir juste après. Duck-Young faisait beaucoup de choses qui n'avaient pas de but, ni de sens.
Les garçons de son âge se moquaient de lui. Ils l'appelaient « Toutou », car il était aussi stupide qu'un animal de compagnie, et trottait benoîtement lorsqu'on l'appelait. Ils lui lançaient des cailloux, et quand ils le manquaient, ils lui demandaient de les leurs ramener. Ce que Toutou ne faisait pas, car il ne comprenait pas la demande. Alors il se faisait tabasser encore plus.
Les filles, elles, le fuyaient. Son visage était si repoussant, que certaines d'entre elles devaient se mettre la main devant la bouche pour ne pas vomir partout. Les yeux de Duck-Young n'étaient pas symétriques, et bien trop éloignés l'un de l'autre. Sa bouche était figée dans un rictus duquel dégoulinait constamment un petit filet de bave qui venait mourir sur mon menton ; menton qui semblait avoir été tiré en arrière, et qui se confondait régulièrement avec le cou. Son haleine en était pestilentielle.
Quand il ne se faisait pas malmener, Toutou restait enfermé dans la cabane où il vivait avec son papa et sa maman. Il passait ses journées à jouer avec ses ongles, et attendait les repas avec gourmandise. Malheureusement pour lui, ces derniers temps il n'y avait pas beaucoup à manger. La sécheresse était particulièrement longue cette année, et les prélèvements de la République pour le partage des richesses toujours plus élevés.
« Comment vais-je pouvoir survivre avec une femme et un enfant si vous me prenez tout mon riz ? » avait dit son père au jeune soldat qui était venu récupérer le fruit de son labeur. En réponse il reçu quelques coups de bâtons sur le visage et dans le ventre. « Un pays puissant et prospère », dit le soldat, « ça n'existe pas tout seul ! ». Et il était parti, avec ses sacs de riz et de gingembre.
Les parents de Duck-Young avaient un temps quémandé de la nourriture aux habitants du village. Souvent ils envoyaient le petit, qui se faisait taper dessus au passage. « S'il vous plaît » disait-il. Juste ces trois mots. Puis trois autres : « on a faim ». La faim, ça au moins il comprenait. Il pleurait, et mettait ses mains en coupes, que les villageois remplissaient en jurant. Ici des céréales, là des radis, de l'ail, ou des restes de pâte de soja. Il partait alors en courant, en promettant de les rembourser dès que le temps sera plus clément. Mais très vite les autres habitants furent confrontés au même problème que la famille du jeune garçon. La pénurie gagnait le village tout entier, et la sécheresse semblait ne jamais vouloir se terminer.
Très vite, les villageois ne donnèrent plus rien. Ils étaient à sec. Ils se réunissaient alors le soir autour de la marmite commune pour leur unique repas, des kimchis d'écorces d'arbres. A défaut de qualité nutritive, ça avait au moins le mérite de couper la faim.
Quand le soldat revint réclamer son dû, tout le monde craignit pour sa vie. Tout le monde, sauf Duck-Young. Il ramena au soldat, bien enveloppé dans du tissus, deux bras et une jambe. C'était l'équivalent en viande de ce qu'ils lui donnaient en riz et en gingembre. Le soldat se gratta le menton, perplexe, puis décida que ça ferait l'affaire.
Personne ne voulait mourir de faim. Les bras et la jambe provenaient d'un jeune garçon du village, un bon à rien – jusqu'à maintenant. Les vieux du village célébrèrent le génie et la clairvoyance de Duck-Young, et, une fois devenu leur chef attitré et autoproclamé, il se lança dans une vaste campagne de récolte anatomique. Dès lors, plus personne n'osa l'appeler toutou.
Chacune de ses décisions était saluée comme l'audace à l'état pure. Chacun, par exemple, était libre de donner ce qu'il voulait (phalanges, poignets d'amour, poitrine), tant que le poids y était. Les vieux, ayant déjà des problèmes pour se déplacer, donnèrent jambes, cuisses et genoux. Les femmes donnèrent leurs fesses et leurs seins. Les hommes, ceux qui n'avaient pas encore la peau sur les os, donnèrent une main ou un pied. Il fallait qu'ils puissent continuer à travailler. Duck-Young, pour montrer l'exemple, fit don de son pénis.
Cela dura un moment. Jusqu'à qu'il n'y ait plus rien, ou presque, à donner. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à trancher. Jusqu'à ce qu'un vieux tronc, qui n'avait déjà plus ni jambes ni bras, proposa de donner sa fille.
Duck-Young sembla y réfléchir. Après tout, c'était la chair de sa chair. Donc quelque part c'était aussi un morceau de lui. Un morceau dote d'une volonté, mais que pouvait-elle y faire ?
Ainsi débuta la grande vague de libération des enfants du village, à qui l'on vendait des mensonges par kilos afin qu'ils évitent de se suicider. Pêle-mêle : retrouver un parent éloigné, rentrer dans l'armée, servir le Leader ou devenir cuisinier. Leur nombre décroissait de manière inquiétante. Ils commencèrent à poser des questions, mais bien sûr personne ne fut assez sot pour leur dire qu'ils allaient terminer dans une marmite.
Personne, sauf Duck-Young.
Les enfants se rebellèrent. Plus nombreux, plus vigoureux, ils vinrent rapidement à bout de leurs aînés, pour la plupart diminué de deux ou trois membres déjà. Un véritable carnage.
Bien sûr, ils gardèrent les restes pour entamer les négociations avec les soldats.
Sauf qu'il n'y eut plus de soldats. Plus jamais. Dans le doute, les gamins continuaient leur travail d'extermination systématique et de dépeçage, mais aucun soldat ne vint réclamer son dû.
Bientôt, il n'y eut plus de parents non plus. Les gamins se retrouvèrent avec des tonnes de viandes sur les bras, sans savoir comment les cuisiner ni comment les conserver. Ils n'arrivaient pas à se mettre d'accord, ni sur comment il fallait s'organiser, ni sur qui allait commander.
Duck-Young, qui avait survécu grâce à sa naïveté et parce qu'il était entre deux âges, proposa aux enfants de construire des baluchons de cuir avec la peau de leurs parents. « Comment il fait le bébé pour vivre dans le ventre de sa maman ? ». La question méritait d'être posée.
Tous se mirent à fabriquer des ventres, qu'ils bourrèrent de chair et qu'ils enterrèrent dans le sol.
Au bout de plusieurs jours, la viande était toujours comestible, voir même un peu meilleure que lorsqu'on la mangeait aussitôt après l'avoir découpée. Tous acclamèrent Duck-Young, pour son génie et sa clairvoyance.
Et c'est ainsi que Duck-Young devint successivement le chef du clan des adultes et le chef du clan des enfants, et le leader de la révolution.

Oulala correcteur orthographique et grammatical pas au point ,il y a un peu trop de fautes
RépondreSupprimerpar ex:
"aller chercher le sceau" ," il empoignait la pèle ","Les filles, elles, le fuyaient","Quand le soldat revint réclamer son dû, tout le monde eut craint pour sa vie"
aïe aïe aïe... rédigé directement dans le machin de remplissage, ça m'apprendra à me précipiter tiens !
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